Fiche n° 09 Silicates – autres (tourmaline, jade…)
Néphrite (amphibole, série trémolite-actinote) ou jadéite (pyroxène)
Jade : néphrite et jadéite, deux minéraux sous un même nom
Composition chimique : Néphrite : Ca₂(Mg,Fe)₅Si₈O₂₂(OH)₂ ; jadéite : NaAlSi₂O₆
Un jade se reconnaît d’abord à la main : frais, dense, d’un poli gras et profond qui semble retenir la lumière. Sous ce nom unique se cachent pourtant deux matériaux bien différents, la néphrite et la jadéite. Cette fiche les distingue, retrace leur histoire sur trois continents, rapporte ce que la tradition associe au jade et explique comment repérer un jade traité ou une imitation.
- Dureté de Mohs : 6–7
- Système cristallin : Monoclinique
- Supporte un rinçage bref
- Ne craint pas la lumière
- Vert
- Blanc
- Gris / argenté
- Noir
- Jaune / doré
- Brun
- Violet
Les faits
Ce que dit la géologie
Données minéralogiques vérifiées sur des sources de référence.
- Espèce ou variété
- Néphrite (amphibole, série trémolite-actinote) ou jadéite (pyroxène)
- Famille minérale
- Silicates – autres (tourmaline, jade…)
- Composition chimique
- Néphrite : Ca₂(Mg,Fe)₅Si₈O₂₂(OH)₂ ; jadéite : NaAlSi₂O₆
- Système cristallin
- Monoclinique
- Phénomène optique
- Aucun phénomène particulier
Dureté sur l’échelle de Mohs
- 1
- 2
- 3
- 4
- 5
- 6
- 7
- 8
- 9
- 10
Couleurs
- Vert
- Blanc
- Gris / argenté
- Noir
- Jaune / doré
- Brun
- Violet
Principaux gisements
- Myanmar, région de Hpakant dans l’État kachin (jadéite)
- Guatemala, vallée du Motagua (jadéite)
- Japon, région d’Itoigawa (jadéite)
- Canada, Colombie-Britannique (néphrite)
- Chine, monts Kunlun au Xinjiang (néphrite)
- Nouvelle-Zélande, île du Sud (néphrite)
- États-Unis, Wyoming (néphrite)
Les récits
Ce que raconte la tradition
Selon la tradition lithothérapeutique : des croyances, sans effet démontré. Les correspondances varient d’un auteur à l’autre.
Chakras associés
- Cœur (Anahata)
Signes astrologiques
- Taureauterre
- Balanceair
Mots-clés traditionnels
- harmonie
- sagesse
- prospérité
- équilibre
Purification
- Eau claire (rinçage bref)
- Fumigation (encens, résines, plantes)
- Son (bol chantant, diapason)
- Druse de quartz ou géode d’améthyste
Seules les méthodes sans risque physique pour cette pierre sont indiquées. Le guide de la purification
Les gestes
Entretien et précautions
Aucune sensibilité particulière à l’eau n’est signalée : un rinçage bref à l’eau claire, puis un séchage soigneux, conviennent.
Aucune décoloration à la lumière n’est signalée ; mieux vaut tout de même lui éviter la chaleur forte et les écarts brusques de température.
Dureté moyenne : elle résiste à l’acier mais se raye au contact du quartz (7), présent dans la poussière. À essuyer sans frotter et à ranger séparément.
Précautions
Très tenace mais rayable par le quartz : ranger à part, dans un tissu doux. Nettoyage à l’eau tiède savonneuse, séchage au chiffon. Jade traité ou d’origine inconnue : ni chaleur, ni soleil prolongé, ni solvants, ni ultrasons, par prudence pour la résine et les teintures. Pas d’élixir.
Traitements et imitations à connaître
Jade A : simple cirage de surface. Jade B : jadéite blanchie à l’acide puis imprégnée de polymère (résine pouvant se décolorer avec le temps) ; jade C : teint ; B+C : les deux. Imitations : serpentine (plus tendre, plus légère), aventurine vendue comme « jade indien », chrysoprase et calcédoines, calcite teinte (« jade mexicain »), grenat grossulaire vert (« jade du Transvaal »), verre, plastique. Pièce coûteuse : certificat de laboratoire.
Carte d’identité du jade : deux minéraux
Pendant des siècles, on a appelé jade toute pierre verte, dure et tenace propre à la sculpture. En 1863, le minéralogiste français Alexis Damour établit que ce nom recouvrait en réalité deux matériaux distincts. La néphrite est une roche faite d’amphibole de la série trémolite-actinote ; la jadéite, une roche dominée par un pyroxène sodique du même nom. Dans les deux cas, il s’agit de roches métamorphiques composées de minuscules cristaux étroitement imbriqués. Les gemmologues admettent aussi sous ce nom, dans certaines conditions, une partie de l’omphacite verte, proche de la jadéite.
| Néphrite | Jadéite | |
|---|---|---|
| Groupe | Amphibole (trémolite-actinote) | Pyroxène |
| Formule | Ca₂(Mg,Fe)₅Si₈O₂₂(OH)₂ | NaAlSi₂O₆ |
| Dureté de Mohs | 6 à 6,5 | 6,5 à 7 |
| Densité | 3,0 à 3,3 | 3,3 à 3,5 |
| Système cristallin | Monoclinique | Monoclinique |
Néphrite et jadéite : dureté, ténacité, aspect
Le jade n’est pas exceptionnellement dur : un quartz le raye. Sa vraie singularité est la ténacité, c’est-à-dire la résistance à la cassure. Ses cristaux enchevêtrés, fibreux dans la néphrite, granuleux dans la jadéite, arrêtent la propagation des fissures. Au Néolithique, on en tirait déjà des haches et des lames, très souvent en néphrite.
À l’œil, la jadéite est la plus variée : du semi-transparent à l’opaque, elle se décline en vert, blanc, lavande, jaune, orangé, gris, brun ou noir, avec une couleur souvent répartie en taches que les sculpteurs savent exploiter. Le vert intense et homogène est le plus prisé. La néphrite, translucide à opaque, offre des teintes plus sourdes : vert épinard ou olive, blanc crème, gris, brun, noir. Toutes deux sont nettement plus lourdes en main qu’un quartz de même taille.
Le jade en Chine, en Mésoamérique et en Nouvelle-Zélande
En Chine, le jade est travaillé depuis plus de cinq mille ans et fut longtemps tenu pour la « gemme impériale ». Le disque percé, ou bi, y symbolise le ciel. La jadéite la plus précieuse, presque transparente et d’un vert émeraude vif, porte aujourd’hui le nom de « jade impérial ». La Birmanie (Myanmar) fournit plus de 70 % de la jadéite de qualité gemme du monde, principalement autour de Hpakant, dans l’État kachin ; l’origine d’une pièce y mérite toujours une question au vendeur. Le Canada, en Colombie-Britannique, fournit une grande partie de la néphrite de lapidairerie moderne.
En Mésoamérique, les Mayas, comme d’autres peuples avant et après eux, sculptèrent la jadéite en pectoraux, perles et ornements de prestige ; la vallée du Motagua, au Guatemala, en était la seule source connue. Le mot « jade » lui-même vient de l’espagnol piedra de ijada, « pierre du flanc », un nom hérité des croyances médicales du XVIe siècle, que rien n’a jamais confirmées. En Nouvelle-Zélande enfin, la néphrite des rivières de l’île du Sud, appelée pounamu, est un trésor (taonga) de la culture maorie : on en tirait des massues mere et des pendentifs hei-tiki. En 1997, l’État néo-zélandais a rendu à la tribu Ngāi Tahu la propriété de tout le pounamu à l’état naturel.
Ce que la tradition associe au jade
En Chine, le jade est depuis le Néolithique une matière de rituel et de prestige, chargée d’un symbolisme qui lui est propre et qui ne doit rien à la lithothérapie. La tradition lithothérapeutique occidentale, beaucoup plus récente, lui associe l’harmonie, la sagesse et la prospérité, et le rattache le plus souvent au chakra du cœur, comme la plupart des pierres vertes. Pour le zodiaque, il revient surtout au Taureau et à la Balance, selon des listes qui varient d’un auteur à l’autre. Ce sont des symboles, pas des effets : aucune étude n’a démontré d’action d’une pierre sur la santé, comme le précise notre avertissement.
Jade A, B, C : traitements et imitations
Le commerce de la jadéite distingue trois catégories. Le jade A n’a subi qu’un nettoyage et un cirage de surface, pratique traditionnelle admise. Le jade B a été blanchi à l’acide pour en éliminer les taches, puis imprégné de polymère ou de résine pour combler les vides laissés par l’attaque ; avec le temps, cette résine peut se décolorer. Le jade C est teint, le B+C cumule les deux. Ces traitements doivent être déclarés ; ils ne le sont pas toujours.
Les imitations sont nombreuses : serpentine, plus tendre et plus légère ; aventurine verte, vendue sous le nom trompeur de « jade indien » ; chrysoprase et autres calcédoines ; calcite teinte dite « jade mexicain » ; grenat grossulaire vert dit « jade du Transvaal » ; sans oublier le verre et le plastique. L’amazonite, malgré son vert tendre, n’a rien à voir non plus avec le jade. Pour une pièce coûteuse, un certificat de laboratoire est la seule garantie ; nos guides reconnaître une vraie pierre et traitements et imitations détaillent la démarche.
Entretien du jade
Très tenace, le jade supporte bien d’être porté, mais il n’est pas inrayable : rangez-le à l’écart du quartz et des pierres plus dures, dans un tissu doux. Un rinçage à l’eau tiède savonneuse et un séchage au chiffon suffisent. Si le jade est traité ou d’origine inconnue, épargnez-lui la chaleur, le soleil prolongé, les solvants et les nettoyeurs à ultrasons. Les autres gestes sont réunis dans notre guide entretenir ses pierres.
Questions fréquentes
Quelle est la différence entre néphrite et jadéite ?
Ce sont deux roches différentes réunies sous le nom de jade. La néphrite est faite d’amphibole fibreuse, un peu moins dure (6 à 6,5), tout aussi tenace, aux couleurs plus sourdes. La jadéite est un pyroxène, un peu plus dur (6,5 à 7), plus dense, et offre une palette plus vive, dont le vert intense le plus recherché. La distinction a été établie en 1863 par le minéralogiste français Alexis Damour.
Que signifient jade A, jade B et jade C ?
Ces lettres classent la jadéite selon ses traitements. Le jade A n’a reçu qu’un nettoyage et un cirage de surface. Le jade B a été blanchi à l’acide puis imprégné de polymère, une résine qui peut se décolorer avec le temps. Le jade C a été teint, et le B+C cumule blanchiment, imprégnation et teinture. Ces traitements doivent être indiqués au moment de la vente ; pour une pièce de valeur, demandez un certificat de laboratoire.
Comment reconnaître un faux jade ?
Les indices simples sont limités. Un jade véritable est dense et paraît lourd en main ; la serpentine est plus légère et plus tendre, le verre peut contenir des bulles, le plastique paraît tiède et léger. Une couleur très uniforme et très vive doit faire soupçonner une teinture. Mais distinguer un jade A d’un jade B demande des analyses : pour un achat important, seul un laboratoire de gemmologie apporte une réponse fiable.
Sources
- Jade – GIA Gem Encyclopedia gia.edu
- Jade Description – GIA gia.edu
- Jadeite – Handbook of Mineralogy (Mineral Data Publishing) handbookofmineralogy.org
- Actinolite – Handbook of Mineralogy (Mineral Data Publishing) handbookofmineralogy.org
- Jade – Geology.com geology.com
- Jade – Wikipedia (en) en.wikipedia.org